Angles morts : JEAN CODO, Le pirate des mers du sud

Se disant être un expert certifié en code ISPS, Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires, l’homme à mener, presque tout un continent en bateau

Créé en 2004 et agrée dans la certification des navires ainsi que leur cargaison en vue de la sécurisation portuaire contre toute forme de trafic et autres attaques, le groupe ATPMS ou Associated transport and port management system) s’est spécialisé dans la création et l’administration de projet de sûreté maritime. Si l’ATPMS était un navire, le pavillon aurait été belge. Le capitaine quant à lui se lèvera fièrement comme étant l’expert béninois. Mettre un compatriote aux commandes d’une entité étrangère aura été la plus subtile des stratégies pour une société belge afin d’écumer les mers d’Afrique pour y rafler trésors de tout port sans éveiller les soupçons.

L’ATPMS a son siège à Antwerpen en Belgique et est présent dans plusieurs ports dans le monde et particulièrement en Afrique. Il est spécialisé dans la conception et la Gestion de plate-forme, intégrant des solutions d’informations sur la Sécurité et la sûreté maritime. Son intervention est réglementée par un partenariat « Public-Privé » et s’exécute à travers deux obligations.

La première obligation s’articule autour de la réorganisation et l’aménagement de l’espace portuaire pour une protection sans faille conformément au code ISPS.

La seconde obligation consiste dans le cadre de la coopération maritime internationale, à organiser à travers les ports mondiaux, le traitement de l’information sur toutes les cargaisons et tous les navires en embarquement pour une destination finale considérée. C’est donc une solution de vérification et de suivi du transport maritime qui a pour souci de prévenir toute attaque et de situer la responsabilité de chacun des opérateurs maritimes en cas de transport de produits dangereux.

Nul besoin de canon et encore moins d’abordage à ces corsaires d’un nouveau genre pour arriver à leurs fins. Il est bien loin le code d’honneur de la piraterie à l’ancienne. A présent, la filouterie n’a de limite que la crédulité des victimes face au savoir-faire des pirates. «Plus le mensonge est gros, plus on y croit», c’est bien connu. Ici, l’astuce consiste à fournir un semblant de service rassurant toute une nation concernant le renforcement de tout son système transport maritime en intégrant de nouvelles normes internationales moyennant une petite contribution pécuniaire de l’ordre d’une petite centaine d’euro par container de la part des utilisateurs. (Avec un simple calcul, rien que pour le cas du port de Toamasina, 200.000 conteneurs en mouvement en moyenne pour une année équivaudrait à une recette de près de 17 millions d’euros annuelle)

L’un des principaux objectifs du procédé étant de mettre en œuvre une stratégie permettant à certains ports mondiaux respectueux des conventions internationales de bénéficier d’un classement économique et d’une meilleure image dans la communauté maritime tout en assurant une totale sécurité des marchandises qui y circulent.

À la base, l’ACD ou Advance Cargo Declaration s’est présenté comme étant le nouveau système de collecte et de traitement d’informations sur les navires ainsi que leur cargaison, instauré pour sécuriser les espaces portuaires. Une initiative aux allures louables, puisque déjà adopté par plusieurs pays de par le monde. Mais ce qui représentait une aubaine pour certains ports africains de sortir de la liste noire des gardes-côtes américains s’avérera pourtant être plus une complication qu’une solution. En effet, si le principe est fonctionnel outremer, ce n’est pas forcément la meilleure solution pour arranger la situation des ports d’Afrique. Qu’importe, notre expert béninois, accessoirement conseillé technique du Président Kerekou à une certaine époque, use et abuse de son poids politique pour faire adopter la redevance ACD un peu partout en Afrique.


Tous les navires certifiés par l’ATPMS sont en mesure de franchir n’importe quel port au monde, vu que plusieurs pays maritimes ont déjà mis en œuvre l « Advance Cargo Declaration » depuis plusieurs années. Les USA et le Canada depuis 2004, La Chine en 2009 et l’Union européenne en 2011

Le corsaire écume les ports

Depuis 2004, d’année en année, l’expert béninois va de port en port pour se nourrir de la crédulité des dirigeants africains. En 2010, il était au Nigeria, peu après on l’aperçoit en Guinée Conakry et dernièrement, il était dans la grande île au côté de hauts responsable dans le domaine du transport. Leur proposant, le service et en assurant que ce dernier n’en serait que bénéfique pour les ports du pays ainsi que les bourses de l’État.

L’ATPMS rassure donc l’État en jouant la carte de l’obligation selon laquelle la redevance ACD est une exigence des gardes-côtes américains pour pousser les hauts responsables à le valider. Cependant via un communiqué, à l’ambassade américaine elle-même de préciser « à la connaissance de l’ambassade, l’ACD prévu par l’ATPMS ne fournit aucun service requis en vertu des réglementations du gouvernement américain au sujet du fret maritime ou de la sécurité »

L’ETAT, sa politique A CéDé

En début d’année, malgré un mécontentement généralisé de tous les acteurs économiques du pays en contestation du fameux ACD semblait vouloir maintenir le cap indiqué par notre capitaine béninois qui était la mise en place effective de la redevance durant ce mois de juillet. Probablement miroiter par l’alléchante opportunité de renflouer les caisses avec les quelques millions d’euro récolter à chaque passage d’un conteneur. Cependant, selon le quotidien Guinée Matin, « la société TPMS (ndlr ATPMS) récoltait plus de 80 % de la redevance et ne laissait que des miettes au trésor public guinéen ». Il en aurait été de même, ou pire pour le reversement de ces fonds dans les finances malgaches du fait qu’aucune note ne mettait en exergue le montant exact qui devait revenir à l’Etat.

À la grogne des principaux acteurs économiques malgache, notamment, le plus gros investisseur minier du pays, en l’occurrence la société Ambatovy, Le Syndicat des industries de Madagascar ou le Groupement des Entreprises de Madagascar menaçant une suspension totale des dialogues entre l’État et le secteur privé, soit une mise à mort de la plateforme de dialogue 3P. Finalement, l’État a cédé à l’ACD mais seulement temporairement. Questionnés sur la suite des évènements, concernant cet abandon temporaire de la redevance et sur le fait de trouver un autre moyen de financement pour réglementer les ports aux normes ISPS, les responsables du ministère concerné n’ont souhaité s’exprimer.

ARTICLE.edit1.edit1
(Crédit : Andry Patrick Rakotondrazaka)

À part le navire ATPMS au pavillon belge et son capitaine expert en ISPS, à qui donc aurai profité ces quelques millions d’euros dont le reversement dans les greniers de l’État reste encore totalement Flou à présent. La question qui persiste est donc de savoir si c’était un subtil abordage des pirates (Codo & co) en bonne et due forme en profitant de la crédulité des victimes (l’Etat malgache) ou était-ce plutôt un échange de bons procédés pour faire entrer le renard dans le poulailler

Harilalaina Rakotobe pour Buskers Magazine

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s