Récit de voyage : RN7, Hot road par excellence !

Un jour comme les autres sous le smog matinal de la ville des mille, à l’heure de pointe, on ne pouvait que supputer sur le temps de trajet, car les embouteillages sont une tradition urbaine. La cause ? Rien ! Juste des conducteurs qui n’en font qu’à leur tête. La solution ultime pour tout accélérer, qui pourtant auto-bloque l’ensemble lamentablement. À en voir l’effet, on constate sans souci le nombre de permis « dindon » qui roule, car oui, le Code de la route n’est réellement respecté que par une poignée de gens. Arrêt, extinction, démarrage, deux ou trois mètres de plus, et le cycle recommence incessamment pendant près d’une heure avant d’arriver à la piste de cross qu’est la gare routière du « Fasan’ny Karana ». On ne peut que remercier la sécheresse hivernale australe en descendant à proximité, car la dénivellation entre les creux et les sommets fait au moins une jambe. Mais bon, il ne faut pas céder à la tristesse au début d’un bon et grand voyage pour la grande ville d’eau.

Le vrai départ enfin…, après une attente stérile que l’on ne saurait expliquer. Et c’est parti ! Deux kilomètres plus tard, on fait le plein du réservoir tandis que quelques voyageurs se vident dans les toilettes de la station-service. Sans attente troublante, on repart et nous voici dévorant la RN7. Plus que 160 kilomètres et c’est la joie. Juste après avoir quitté la zone urbaine, telle est notre surprise à la rencontre de ces gendarmes se préoccupant méticuleusement de la sécurité des voyageurs. Ils font du bon boulot, c’est évident ! Après tout, rester debout sous ce soleil n’est pas une mince affaire. Un échange de sourire et c’est reparti, bien plus vite qu’on le pensait (si ce n’est trop). Trois bières plus tard, oui, c’est aussi l’avantage de ne pas conduire quand on voyage, d’autres gendarmes ! Et c’est la même fête ! Un fast-check qui ferait surement du bien à l’économie, car raccourcirait volontiers le temps de trajet. Professionnels et soucieux, franchement. Quand soudain, le chauffeur s’exclame irrité en voyant d’autres agents : « Merde ! Mais ils ne sont là que les samedis ceux-là ». Moi, avec mon sens de la répartie, je rétorque : « Ce n’est qu’une formalité pardi ». Et l’autre qui éclaire ma lanterne sur ce qui se fait continuellement sur cet axe. Stupéfait, je regarde les faits, et oui, il ne blaguait pas. Les sourires, c’était donc parce qu’à chaque halte, les transporteurs devaient débourser 1000 Ariary au moins. Pourquoi accepter cela, demandais-je ? Au conducteur de m’expliquer que s’il refusait, les gendarmes ne se gêneraient pas pour le retenir plus d’une heure sur place si ça leur chante. Et jusqu’à Antsirabe, il y avait précisément 14 arrêts effectué, avec les mêmes desseins. « Servir et protéger » n’est plus que « punir et énerver ». Avec leur air bidonneux, ils ne doivent pas écumer les cours de tennis, et pourtant, ce sont des experts du racket.

14151815_10210141970816437_605502899_o

Mes cannettes vides, je ne sentais toujours rien. À croire que je n’ai bu que de l’eau savonneuse. Avec la sobriété enivrante d’ennui, je me contente du paysage, et je m’émerveille avec ces rochers qui domptent majestueusement la terre. Après quelques tours de roue, ce fut l’horreur ! Toute une zone drapée de conifère en proie à des flammes. Manifestement criminelle puisqu’il n’y a ni route ni habitation autour. Troublant spectacle, mais la voiture ne s’arrête pas. Et voilà un cliché loupé. La fumée de l’incendie n’ayant même pas disparu sous la ligne d’horizon, et c’est une autre partie de cette terre que l’on voit calciné, avec le reste de ces jeunes arbres carbonisés encore debout. Surement le fruit d’un reboisement vu leur alignement pourtant. Scandaleux ! Disais-je. Et là, ce bon vieux conducteur m’explique qu’avec les pyromanes, il y a ceux qui le font par coutume, et d’autres, qui les brulent pour juste s’éclairer la nuit quand ils rentrent. Témoin ou pas, on ne saurait le dire, mais dans les faits, je mettrai ces autres, dans les légendes urbaines. Sur mon siège, cogitant les cheveux au vent, je m’interroge sur le pourquoi réel de la chose. L’inconscience sociale est donc encore bien grave dans cette île déjà bien rouge. Un festival de latérite de part et d’autre, et si ce n’est pas le jaune des herbes sèches, c’est le noir du carbone après combustion. Si si, n’ayez crainte ! Il y avait du vert ! Les murs du restaurant où nous nous sommes autorisés une courte pause pour se ressourcer, et se vider.

14215347_10210141986856838_517420541_o
Ce n’est tout simplement pas pour enlaidir cette merveille qu’est notre patrie, mais si personne n’en parle, qui lèvera le petit doigt ? Dénoncez, criez, et qu’on vous entende, car si cela continue, procréer ne sera plus qu’un acte sadique puisqu’ils n’hériteront que d’un désert où seule la loi nous rappellera la jungle.

Billy Verydick pour Buskers Magazine

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s