Comment devenir un « mpanazary » ?

L’être de tous les temps

On commence à en douter, lorsque les gens (les Malgaches) répètent que Madagascar est un pays particulièrement riche et que les Malgaches sont un peuple sage. À titre de fondement, on énonce souvent les richesses minières, écologiques, culturelles ou la grandeur des ancêtres, ainsi qu’une panoplie de règles de conduite naturellement acquises par eux : le fihavanana, le tsiny, le tody, le lahatra… Actuellement, tout cela est à remettre en question, vu que les ressources minières, dont on est si fier, sont presque épuisées et ne risquent pas de se renouveler. Les bois précieux coupés à tort, exploités d’une manière illicitement admise par des voix hypocrites, gagnent de l’ampleur. Les normes sociales auxquelles se référaient les Malgaches auparavant demeurent des réflexions théoriques et des propos idéaux, esclaves d’enjeux politiques ou d’une personnalité quelconque en quête de pouvoir, ou d’une moindre position surélevée vis-à-vis de la populace. Le fihavanana est prôné partout et dans n’importe quelle situation, alors que le sens du « tao trano tsy efa irery » (une case se construit collectivement) disparaît petit à petit !

D’un côté, la tentation d’admettre la particularité positive de la grande île survient sans arrêt, pour ne pas dire constamment, dans l’esprit. L’affirmation s’établit à la rencontre de rares personnes sachant allier ces réflexions d’antan à la réalité des Malgaches d’aujourd’hui et à une mondialisation flagrante. La principale mission consiste là, à actualiser, sinon à réactualiser les principes fondamentaux de la société malgache : « le fanahy no olona », le fihavanana, le tsiny, le tody, le lahatra, l’anjara ou le vintana doivent être remaniés, reformulés et réappliqués dans une civilisation désormais capitalisée d’une manière anarchique et dépourvue de fondement.

La représentation de l’humain (olona) en tant qu’âme (fanahy), tienne-t-elle encore la route lorsque l’on a conscience que l’humanité de notre temps admette à l’unanimité (à quelques exceptions près), que le prestige (voninahitra) se dévoile par le biais de cumulations de richesses matérielles telles le hummer ou la « force one » malgache ? Ce n’est point là (surtout pas !!!), une moindre jalousie vis-à-vis de quelques entités absurdement incongrues que ce soit. Mais plutôt un éloge à une personne « vraie » (tena olona), dont le nom sera maintenu sous silence pour éviter la moindre réaction subjective de la part des êtres susceptibles de détenir une moindre lucidité (olona manam-panahy). A travers un texte de 5 pages environs, cette personne, à la position du « mpanazary » qu’il occupe de gré et par excellence, est l’un des rares êtres humains qui a le pouvoir et surtout, le critère que, d’ailleurs, il évoque de manière humble et spontanée au terme de ses réflexions, de se situer au juste milieu du temps, de l’espace et de la culture. Anciennement épris de pratiques ésotériques et privilégiées d’accessoires hiérophantiques, il a fait table rase de ce passé instructif, mais encombrant et s’est reprit en main en reprenant à zéro, avec rien. « Je cultive aujourd’hui mon état de mpanazary de manière à la fois simple et sobre, et m’en satisfais très agréablement. » S’exprime-t-il.

La représentation du mpanazary

Le mpanazary, c’est quoi au fait ? En quelque sorte, c’est un stade ou un degré de comportement éveillé au terme de plusieurs étapes d’attitude et de connaissance de soi. Grâce à un travail spirituel constant, après une étape profonde de pardon, de don de soi, de purification, « le mpanazary devient lui-même zana-àry en réalisant sa fusion avec Andrianana-àry, son créateur ».

mpanazary-buskers-magazine

La chance l’accompagne, la prospérité le précède, et l’abondance est dans son sillage. S’abreuvant à la source de vie, il transcende son humanité, accède à la divinité et s’en va découvrir l’infinie immensité. Parvenu à ce stade ultime, le mpanazary mérite enfin son statut de Olona, humain devenu authentiquement homme, puisqu’en lui vit pleinement le Maha-olona, le « divin en l’humain ». Les propos peuvent sembler idéalistes et même abstraits, cependant, les parcours qui ont conduit l’être au stade du mpanazary sont nettement et concrètement relatés.

Devenir un mpanazary ?

Dans le texte intitulé « vintana, lahatra, anjara et maha-olona », le mpanazary stipule progressivement et explicitement les chemins qu’il a traversés jusqu’à l’atteinte de ce stade merveilleusement nécessaire.

La première étape : Celle du pardon envers autrui et soi-même, c’est panser ses blessures, effacer ses cicatrices et se nettoyer l’intérieur afin d’asseoir en soi une meilleure stabilité au quotidien. Cette volonté de se reprendre en main annonce la naissance du mpanazary – celui qui harmonise – en l’humain.

Seconde étape : celle du don, plus particulièrement du don de soi. Le mpanazary s’équilibre en créant du bonheur autour de lui, tout en nourrissant pour autrui une affectueuse attention. Certains diront empathie.

Troisième étape : celle de la purification de soi. À force de donner vie à l’amour, le mpanazary s’ouvre largement en toute quiétude sur le monde qui l’entoure. Son aura génère de la sympathie et son énergie entretient la vie. Le cœur vaillant, l’âme légère, l’esprit serein et le corps sain, il donne naissance au zana-àry en lui.

Il a évoque des rapports certains entre la constitution de la personnalité (= Nature multiplié par Milieu. Le tout à puissance Ego) et des concepts de fondement basique de la société malgache. À partir d’interprétations « à la malgache » (ady gasy), il a pu conclure que La nature ou vintana est ce qui fait l’humain vivant, olombelona. Le Milieu ou lahatra, l’humain adulte et responsable : olombanona. L’Ego ou anjara, l’humain sage et avisé : olonkendry. La Personnalité ou Maha-Olona, la renaissance de l’humain, l’Homme : Olona. « Les stoïciens pensaient déjà à leur époque : « Il y a ce qui dépend de nous, et ce qui ne dépend pas de nous. » Etablir la différence entre les deux, c’est bien. Nous occuper de ce qui est d’abord à notre portée, pour ainsi dire nous-mêmes, afin de nous préoccuper de l’univers une fois notre personnalité accomplie, c’est mieux. (…) Pour être terre-à-terre, il se convainc d’une vérité : « Plus il y aura de gens de bonne volonté qui sauront profiter de la longue pause imposée par la crise actuelle pour se façonner eux-mêmes, plus vite s’instaurera la sérénité au niveau de la nation.»

Ralf Arivelo

Buskers Magazine

 

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