« Sous le même ciel » : une nouvelle à l’eau de rose, portant la signature de l’écrivaine malgache Nanami (Chapitre I)

Chaque semaine, suivez les aventures de Chloé, l’héroïne de la nouvelle à l’eau de rose « Sous le même ciel » signée Nanami. Donnez-vous avis en laissant un commentaire. 🙂

sous le même ciel

« Sous le même ciel »

CHAPITRE I

« Celui qui aime cherche la partie manquante de lui-même. Aussi, quand on pense à l’être dont on est amoureux, on est toujours triste. C’est comme si on entrait à nouveau dans une chambre pleine de nostalgie qu’on a quittée il y a longtemps. » – Haruki Murakami

J’avais seize ans. Mes parents étaient encore ensemble ; et avec ma meilleure amie Naomi, nous étions inséparables et passions la plupart de notre temps à la bibliothèque du lycée. On aimait lire et relire à mille et une  reprises nos livres préférés, jusqu’à en connaître les passages par cœur. La vie était tellement plus simple. J’avais Naomi à mes côtés et c’était tout ce qui comptait. Le reste importait peu.

Mais j’avais pris cela pour acquis.

J’étais loin de me douter que mes parents divorceraient et que Naomi partirait en France pour continuer ses études. J’ignorais que ce serait la dernière fois que je la verrais. Plus qu’une amie, elle était comme la grande sœur que je n’avais jamais eu. Bien sûr, je ne peux pas lui reprocher son départ, mais en quittant Greenland, j’avais l’impression qu’elle avait emporté avec elle une partie importante de ma personne. Je n’avais plus personne à qui parler de mes frustrations ni avec qui partager mes petites joies quotidiennes.

Puis, le même soir, mes parents m’avaient annoncé qu’ils allaient se séparer et que c’était ma mère qui avait obtenu ma garde. Cet homme que j’appelais « papa », j’ignorais alors que durant tout ce temps, il faisait souffrir « maman ». C’est étrange, je ne savais rien de mon père. Je ne connaissais ni sa chanson ni son film préféré. Et c’est à peine si on prenait des photos ensemble. Je ne faisais que porter son nom, à titre officiel. Rien de plus. Il n’avait jamais vraiment été là et il ne serait plus jamais là.

Mais ce jour-là, le 21 juillet 2006, je l’avais rencontré pour la première fois.

Je m’en souviens encore, aujourd’hui, dans les moindres détails. J’avais rendez-vous au « GREENY COFFEE », à quatorze heures avec Naomi.  J’adorais cet endroit, et c’est toujours le cas aujourd’hui. Situé tout près du parc, c’était un « coffee shop » doté d’une petite librairie-bibliothèque. Si on n’était pas à la bibliothèque de l’école, on était forcément là-bas, tous les samedis après-midi. Cet endroit tout simple de par son aspect externe possédait un charme particulier qui était très plaisant, bien au-delà de son apparence. Je ne sais pas si c’est dans le décor de la salle ou bien dans le concept en lui-même mais la convivialité qui y régnait me donnait à chaque fois envie d’y revenir.

J’étais arrivée avec  quinze minutes d’avance. Mais en attendant l’arrivée de Naomi, j’avais décidé de commander un croque-monsieur avec un jus de fruit et j’avais ouvert mon livre là où je m’étais arrêtée.

Le passage disait : «Mêmes les rencontres de hasard sont dues à des liens noués dans des vies antérieures… tout est déterminé par le karma. Même pour des choses insignifiantes, le hasard n’existe pas. »

C’est alors qu’en levant les yeux pour vérifier l’heure sur la montre murale du café, j’avais croisé son regard, à la fois tendre et agressif, doux et malicieux, plein d’audace avec une once de timidité. Il venait de payer son addition, en regardant dans ma direction, et en me voyant le regarder – sûrement d’un air ébahi à souhait – il avait souri. Et là, soudainement, j’avais eu l’impression que mon être tout entier, d’un seul coup, avait été brusquement réveillé d’un long sommeil; comme si toutes les fibres de mon corps avaient réagi violemment à sa présence. J’avais perdu le contrôle. Et sans m’en rendre compte, je lui souriais déjà en retour.

Il avait de très beaux yeux, et le genre de regard qui ferait perdre la tête à n’importe quelle fille. J’étais restée figée. Je n’arrivais plus à détacher mes yeux de lui. J’étais tellement subjuguée par le brun de ses yeux que j’avais failli avaler la dernière bouchée de mon croque-monsieur de travers.

En une fraction de secondes, j’avais senti que j’existais, que toutes les abominations de ce monde n’avaient aucune importance face au merveilleux spectacle de son sourire. C’était le plus beau sourire qu’il m’avait été donné de voir de toute ma vie.

Précisément à ce moment, Naomi était entrée dans la salle et, s’était assise en face e moi. Mais en voyant mon expression complètement hébétée, n’avait pu s’empêcher d’ajouter: « J’ai raté quelque chose ? » d’une voix taquine, avec la plus grande curiosité du monde dans son regard.

Toujours debout devant la caisse, le jeune homme avait essayé tant bien que mal de retenir un rire sarcastique, mais n’avait pu s’empêcher de le laisser s’échapper au grand jour, tout en me regardant d’un air amusé.

Ce jeune homme debout devant moi n’était autre que lui, le fameux ALEXIS NATHANAEL VANBERGH.

 

Une fois dehors, je ne savais plus comment je devais me comporter. Je tremblais, et je ne comprenais pas pourquoi. Il faisait froid mais ce n’était pas la raison de mon état. Je me sentais étrangement euphorique. J’étais nerveuse. Je voulais parler mais les mots ne sortaient pas. Ce silence était lourd. Je ne savais pas que le silence pouvait être aussi insupportable. Par réflexe, j’avais sorti mon téléphone et l’avais alors déverrouillé. Je n’avais ni appel manqué, ni message non lu, mais comme par automatisme, j’avais ouvert mes messages et avais fait défiler l’écran. Je lisais juste ce que j’avais sous les yeux, pour cacher mon malaise. J’étais tellement gênée. Bien qu’entièrement vêtue, je me sentais nue et vulnérable face à la situation.

J’étais tellement déconcertée par sa personne que je n’avais pas été capable d’agir naturellement devant lui.

« Qui suis-je pour qu’un garçon comme lui s’intéresse à moi? Je ne suis pas particulièrement jolie, je suis banale et sans intérêt. » pensais-je très fort, cette fois-là, de ma propre personne.

Mais au-delà de cette apparence « parfaite », il y avait quelque chose qui m’attirait dans sa personne. Il était très bien habillé, un peu trop même pour aller au parc aquatique ; et bien sûr, il était grand, beaucoup plus grand que moi de peut-être une quinzaine de centimètres; les cheveux châtains exactement de la même couleur que les miens, quelque peu désordonnés mais coiffés de manière typiquement masculine; le teint parfait: ni trop clair ni trop bronzé; un nez caucasien et des lèvres fines. Mais il y avait autre chose ; comme un aimant qui attirait mon regard sur la personne qu’il était, un petit quelque chose qui donnait envie d’en savoir plus.

Je me rappelle de la scène. Je pense d’ailleurs que je m’en rappellerai toute ma vie.

 Naomi était assise en face de moi et il était venu se mettre debout à sa droite. Il était resté là, sans dire un mot, jouant nerveusement avec les clés de sa voiture, comme pour dire implicitement qu’il n’avait absolument rien à faire là, qu’il voulait partir.

« Nate, t’es vraiment sûr que tu ne veux pas t’asseoir? » dit-elle soudainement, quinze minutes plus tard, en se tournant vers lui alors que j’étais encore occupée à siroter vigoureusement le reste de mon jus de fruit.

L’air exaspéré, il lui avait répondu de la façon la plus hautaine que j’aie pu entendre de ma vie: « Non merci » tout en me lançant le regard le plus froid et le plus arrogant qui existe sur Terre.

A ce moment précis, j’avais alors pensé très fort : « QUEL ABRUTI! JE LE DETESTE! »

Comment quelqu’un d’aussi beau pouvait être aussi désagréable? Ou bien c’est le timing qui n’était pas bon? J’avais commencé à culpabiliser. Je me disais que c’était à cause de moi, de ma présence – pour une raison que je semblais ignorer – qu’il s’était senti mal à l’aise et qu’il avait agi comme cela. J’avais sombré dans un tunnel obscur de pensées négatives à propos de ma propre personne.

Et sans que je m’en étais rendu compte, la minute suivante, il était déjà assis à côté de Naomi. Il levait parfois les yeux et nos regards se croisaient inopinément mais à chaque fois, il souriait nerveusement et détournait aussitôt son regard. Il était si beau. Je n’arrivais plus à détacher mes yeux de lui, jusqu’à ce que, d’un simple regard, il me fit comprendre que cela le dérangeait. Il ne souriait plus. Il était gêné, frustré. Moi, je n’arrivais plus à me concentrer sur tout ce qu’il se passait autour. C’est comme si j’avais été emportée ailleurs, très loin du monde, de tout. C’était vraiment très déconcertant.

« Nate, voici Megan. Megan, je te présente Nathan » ajouta alors Naomi, ce qui me réveilla directement de mes rêveries.

Nathan, c’est un joli prénom. Si un jour j’ai un fils, j’aimerais bien l’appeler comme cela.

« Ah … Enchantée ! » réussis-je alors à marmonner après cinq secondes de réflexion, le temps de reprendre mes esprits sur la situation.

Cette fois, il ne réussit plus à se retenir et se mit à rire à gorge déployée, comme un gamin qui venait d’entendre la blague la plus hilarante de sa vie, en voyant mon expression stupéfaite.

« T’es vraiment tête en l’air hein !» reprit Naomi, d’un ton presque désespéré.

Je ne savais pas comment réagir face à cette remarque. Tout ce que j’avais réussi à faire, dans l’immédiat, pour cacher mon malaise, c’était de rire nerveusement comme une idiote.

« Bon allez ! Dépêchez-vous ! On ne va pas s’éterniser ici hein! On y va ou pas ? » ajouta alors Alexis, déjà prêt à sortir du café,  son sac en main.

« Ouais ouais, on y va ! » s’exclama Naomi, toute enthousiaste avec un grand sourire aux lèvres, pour lui répondre.

On était restés deux bonnes heures au parc, ce jour-là. Deux heures magiques que je n’oublierais jamais même si cela m’avait vraiment rendu nerveuse.

Je n’avais pas osé poser un seul regard sur lui, une fois au parc, et j’étais également restée silencieuse. Mais je ne sais dans quel but, peut-être pour détendre l’atmosphère ou peut-être était-ce un accident, je pense que je ne le saurais jamais, Naomi avait décidé de me pousser dans l’eau, si bien que j’étais tombée dans les bras de la personne qui  m’avais mis dans cet état de silence radio.

Je peux me permettre d’en rire maintenant mais sur le moment, j’étais très embarrassée, et j’étais devenue rouge comme une tomate, peut-être même pire. Mais je ne vais pas mentir et je ne vais pas le nier, je suis reconnaissante pour ce qu’elle avait fait ce jour-là puisqu’à ce moment précis, quelque chose était né entre nous. Cela avait été le déclic pour le début de notre histoire, à Alexis Vanbergh et moi.

*****

Vous avez reçu un nouveau message. Lire ?

C’était un SMS d’Alexis. Le texte disait : « Yo LINDGREN ! Greeny Coffee. 14h. A toute ! »

On s’était rapprochés petit à petit, depuis le départ de Naomi. J’aimais passer du temps avec lui, et je suppose que c’était réciproque, sinon il ne m’aurait jamais demandé de le rejoindre au GREENY COFFEE, aussi souvent. En parlant de cet endroit, je pense que c’était devenu mon lieu préféré depuis ma première rencontre avec lui.

On ne passait pas des heures ensemble, mais à chaque fois, j’avais l’impression que même si le temps s’arrêtait et que tout se figeait, mon sentiment serait toujours le même : je me sentais en sécurité avec lui, comme si rien ne pourrait jamais m’atteindre.

Contrairement à moi, il avait un tempérament très calme, peut-être même un peu trop calme. Peu bavard, il répondait aussi brièvement que possible aux questions que je lui posais. Au début, j’avais vraiment du mal avec ses réactions. J’ignorais s’il agissait de la sorte parce que je le rendais mal à l’aise ou si c’était pour une autre raison. Mais au fil du temps, je m’étais tellement habituée à être avec lui, que je n’imaginais plus jamais ma vie sans sa présence. J’avais besoin de lui. Il faisait désormais partie de ma vie. Il avait même commencé à prendre place dans mon petit cœur d’artichaut indécis. Il était, en fait, comme la figure masculine que mon père n’avait jamais réellement été pour moi.

C’est vrai qu’aussi loin que je me souvienne, je n’avais jamais vécu de moment de qualité avec cet homme que j’appelais « papa ». Ma mère ne m’en disait rien mais je savais qu’elle avait vécu leur séparation de façon très amère. Je le devinais à sa façon de parler de la Suède. C’est là-bas qu’elle avait fait ses études supérieures et rencontré mon père: John LINDGREN, un génie de l’informatique, à ce qu’il paraît; tandis qu’elle était une étudiante à la faculté des sciences sociales du Stockholms Universitet, à l’époque, particulièrement passionnée par la culture des pays nordiques. J’étais donc assez curieuse à propos de cette ville nommée Stockholm dont j’entendais parler depuis ma plus petite enfance.

Mais la vérité, c’est que j’aurais voulu en savoir un peu plus sur lui. Plus jeune, j’avais toujours été envieuse de ces enfants qui avaient tant à raconter à propos de leur père, ou qui rentraient de l’école en leur compagnie. Contrairement aux autres, je ne pouvais pas raconter à tout va comment s’était déroulé mon « week-end en famille » ni dire des propos comme « Mes parents, ce sont mes héros » parce que mes parents n’avaient jamais été réellement présents pour moi, trop absorbés par les péripéties de la vie quotidienne. Mais jamais je n’aurais pu leur reprocher cela, bien que j’aurais voulu que cela ait été différent. Et puis, tant que Naomi avait été là, je ne me sentais pas toute seule au monde.

Mais Naomi était partie, et mes parents avaient divorcé.

Je me demande parfois si ce n’est pas en partie à cause de cela que je m’étais attachée aussi vite à Alexis, pour combler cette carence affective.

Peu importe comment j’essayais de me l’expliquer, son entrée dans ma vie avait bouleversé mon existence entière. Il avait répondu à des questionnements dans ma vie dont je ne soupçonnais même pas l’existence. J’ignorais que j’avais besoin de ces réponses avant qu’il ne vienne me les apporter. Il était venu compléter les parties vides de mon être tout entier, sans que j’aie eu besoin de le demander. Il m’avait tellement apporté. Je me demande s’il s’en était rendu compte.

Mais à cette époque, je ne l’avais pas encore réalisé, moi non plus.

J’ignorais totalement que les choses allaient tourner de cette manière. Je ne m’imaginais pas qu’Alexis allait débarquer à l’improviste chez moi à l’heure du petit déjeuner et qu’il allait ensuite disparaître sans donner de nouvelles.

Je me rends compte aujourd’hui à quel point j’étais stupide de ne pas lui avoir avoué plus tôt ce que je ressentais réellement à son égard.

C’est incroyable comme votre conception de l’amour peut être faussée et vous rendre confuse. A seize ans, cela arrive qu’on confonde l’amour avec  tout un tas de choses, de sentiments, la peur de se retrouver sans attache, sans repère. C’était mon cas.

Si seulement j’avais compris plus tôt …

 

(à suivre)

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