« Sous le même ciel » : une nouvelle de l’écrivaine malgache Nanami (Chapitre II)

Chaque semaine, suivez les aventures de Chloé, l’héroïne de la nouvelle à l’eau de rose « Sous le même ciel » signée Nanami. Donnez-vous avis en laissant un commentaire. 🙂

sous le même ciel

« Sous le même ciel »

CHAPITRE II

2009.

Trois longues années sans aucune nouvelle de la part d’Alexis. Pas un seul appel ni message.

Mes parents avaient divorcé, Naomi était partie et Alexis avait disparu.

Ce qui faisait le plus mal, c’était l’habitude d’être ensemble. On ne s’était côtoyés que pendant un mois mais il me donnait cette impression qu’on se connaissait depuis toujours, que l’on avait toujours tout fait ensemble. J’étais tellement à l’aise à ses côtés alors que généralement, cela me prenait toujours du temps avant de pouvoir m’ouvrir véritablement à autrui. Cette relation riche en « intensité » que nous avions et dont je ne connaissais pas réellement la nature, en même temps, m’effrayait. J’avais peur de m’attacher. Je ne savais pas comment prendre la personnalité d’Alexis. Il était « unique » mais « banal ». Il me rendait curieuse mais de temps à autre, m’ennuyait. J’avais une image de lui en tête et je refusais de voir ce qu’il était réellement. Cette perfection qu’il incarnait dans mon esprit, je ne voulais pas que le moindre détail puisse la gâcher.

J’avais alors décidé qu’il serait mon « meilleur ami » sans vraiment chercher à le connaître. Je me rends compte aujourd’hui que notre relation était un tantinet « superficielle » et qu’elle était, au final, très similaire à celle que j’entretenais avec mon père…

Pourquoi avait-il fallu qu’il disparaisse de la sorte ? J’aurais juste voulu en savoir plus sur lui. J’aurais voulu lui en dire plus sur moi…

Mais le matin du 18 juillet 2009, j’avais fait une découverte qui avait alors chamboulé toute ma vision des événements.

Une lettre. J’avais trouvé une lettre dans le manteau noir que je n’avais pas porté depuis trois ans. La lettre m’était adressée. C’était écrit « LINDGREN » dessus. Elle venait forcément d’Alexis car il était le seul à m’appeler ainsi, avec mon nom de famille. L’enveloppe était intacte. Sans doute l’avait-il glissé dans cette poche intérieure avant de disparaître. Je n’arrivais pas à décider si je devais la lire ou la jeter. Mais en voyant mon nom écrit de la sorte sur l’enveloppe, plein d’images sont directement revenus comme un diaporama dans ma tête, qui ne demandait qu’à être re-visionné.

Et si ce que j’allais découvrir en valait la peine ?

J’avais déjà jeté la lettre à la poubelle mais j’avais finalement décidé de la lire pour ne pas regretter.

« Bonjour ma petite Megan,

Je t’écris en ce jour, pour te remercier de tout ce que tu m’as apporté, de tous ces moments que l’on a partagé ensemble. Je suis vraiment heureux de t’avoir rencontré. Même dans ces circonstances, je ne regrette rien du tout. Je me sens vraiment bien quand je suis avec toi. Tes petits yeux pétillants me donnent parfois envie de te regarder pendant des heures. Tu es si belle, ne doute jamais de ça. En plus de ça, tu es forte, dynamique et sensible. En somme, tu es une âme rare que beaucoup de gens voudraient rencontrer. Je suis désolé mais je suis incapable de te dire au revoir correctement alors je préfère te laisser cette lettre. Prends bien soin de toi. Je ne t’oublierais jamais.

Alexis. »

Je ne comprenais pas.

*****

« Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses… des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu’on ne pourra pas retrouver. C’est cela aussi vivre. Mais à l’intérieur de notre esprit – je crois que c’est à l’intérieur de notre esprit – il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j’imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaitre précisément ce qu’il y a dans nos coeurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l’aérer, changer l’eau des fleurs. En d’autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque. » – Haruki Murakami

Trois années s’étaient écoulées, trois années désormais que j’avais passé mes journées sans Alexis.

Plus le temps passait, plus j’avais l’impression d’oublier petit à petit tout ce qui le concernant, voire jusqu’à son existence. J’avais du mal à me remémorer son visage, parfois. C’est vrai que je n’avais aucune photo de lui, non plus.

Mais quand j’avais lu la lettre, j’avais l’impression de l’entendre prononcer chaque mot qu’il avait écrit, comme s’il me les insufflait directement aux oreilles. J’en avais même des frissons, à chaque fois que j’y repensais.

Mais j’étais tristement horrifiée car je ne me souvenais plus exactement de son visage. C’était flou dans ma tête. J’avais l’impression de le trahir en n’arrivant pas à se souvenir de ses yeux ou de son sourire.

J’ignorais que l’on pouvait oublier un visage qui vous avait autant marquée. Comment est-ce possible ? J’en étais bouleversée jusqu’à en pleurer.

D’habitude, j’oubliais les noms mais pas les visages. Mais le pire, c’est que les scènes me revenaient en tête mais je n’arrivais plus à dessiner sa silhouette de façon exacte.

Je ne comprenais pas. Et je ne saisissais pas non plus la signification de sa lettre. Et pourquoi donc ne l’avais-je retrouvé que trois ans plus tard ? Tout cela me rendait extrêmement perplexe.

21 juillet 2009

Greenland Faculty, 17h

« Et donc, vous avez une semaine pour préparer ce thème » s’exclama madame HAGSTRÖM, la prof de méthodologie pour clôturer son cours.

Je n’étais pas concentrée du tout durant tout le cours, alors que d’habitude, je n’en laissais pas une miette, passionnée d’écriture que j’étais. Je ne cessais de me remémorer chaque mot de la lettre que j’avais découvert trois jours plus tôt, de la même manière que l’on se remémore les dialogues de son film préféré.

« Hey ho ! » fit Emily, l’unique amie que j’avais réussi à me faire depuis le départ de Naomi ; en claquant ses doigts pour me réveiller de mes pensées.

« Encore à rêver du prince charmant ou quoi ? » reprit-elle sur un ton sarcastique, vu le manque d’intérêt qu’elle savait que je portais à la gente masculine, depuis qu’elle me connaissait.

« Ha ! Ha ! Très drôle » lui répondis-je, presque exaspérée de sa remarque.

Depuis le départ de Naomi et d’Alexis, Emily JUNG avait été la seule fille que je côtoyais régulièrement en classe. Les autres, je ne leur adressais guère la parole. Manque d’intérêt ? Sans doute.

Je ne me sentais pas à l’aise avec tout le monde de toute façon donc même si j’avais fait le premier pas pour leur parler, je n’aurais  même pas su quel sujet aborder.

Mais avec Emily, c’était différent. Ce fut le déclic immédiat, vu qu’on avait le même groupe préféré : COLDPLAY. Aussi, on avait découvert qu’on aimait d’autres musiques en commun et cela avait grandement facilité la communication entre nous. Cependant, je n’arrivais pas à m’ouvrir entièrement à elle, peut-être par peur d’être jugée ? Je ne sais pas. Je n’avais donc jamais évoqué le dossier « ALEXIS » avec elle.

Elle était pourtant le genre de personne qui vous mettait directement à l’aise, tellement elle était sympathique. J’aurais voulu être comme elle…

Quoi qu’il en soit, depuis que je la connaissais, j’avais ma dose de rires quotidienne. Et malgré cette barrière qui m’empêchait de parler de moi, j’étais contente de l’avoir dans ma vie.

C’était un vendredi, à la fin des cours.

D’habitude, le vendredi à 17h, Emily allait à son cours de violon, mais étrangement, ce ne fut pas le cas, ce jour-là.

A la sortie, une voiture de couleur beige était venue la chercher. Je distinguais une silhouette qui ne m’était pas inconnue au volant de la voiture ; et juste à côté, une fille très jolie, bien accommodée, sans nul doute le genre de fille à laquelle je ne ressemblerais jamais.

« Bye bye ! » fit Emily, tout en ouvrant la portière de la voiture.

Le jeune homme au volant avait regardé dans ma direction. Il semblait « surpris » et je ne comprenais pas trop pourquoi.

Etais-je mal habillée ? Avais-une coiffure étrange ? Il faisait une de ces têtes que l’on ne pouvait pas ignorer. Il avait l’air « choqué » et « gêné » en même temps. C’était vraiment très bizarre. Mais son visage ne m’était pas inconnu.

*****

Vous croyez au destin, à l’âme-sœur? Cette légende aussi vieille que le monde qui raconte que quelque part, votre moitié, la personne qui a été créée pour vous compléter dans votre entièreté, vous attend? Depuis toute petite, j’avais toujours chéri cette idée. Mais il y a tout de même des jours où je me demande si ce n’est peut-être pas juste un concept monté de toute pièce par l’homme pour faire en sorte que la lourdeur de ce qui lui arrive, voire de son existence même soit supportable. D’un autre côté, je suis sûre et certaine que rien n’arrive par hasard. Le hasard, c’est la logique de Dieu. Et je suis de ceux qui croient que si quelque chose doit arriver, il arrive forcément au moment opportun.

*****

En relisant cette fameuse lettre, pour la énième fois, le soir avant de dormir, j’eus comme une révélation, pour ne pas dire « le choc de ma vie ».

Je mourrais d’envie de cuisiner Emily à ce propos mais je ne savais trop comment aborder le sujet puisque je ne lui en avais jamais parlé, même pas une seule fois.

Je ne pouvais pas me calmer.

*****

Ce garçon au volant de cette OPEL CORSA de couleur beige était ALEXIS VANBERGH.

Il était revenu à Greenland ? Pourquoi ?

(à suivre)

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