« Sous le même ciel » : une nouvelle de l’écrivaine malgache Nanami (Chapitre III)

Chaque semaine, suivez les aventures de Chloé, l’héroïne de la nouvelle à l’eau de rose « Sous le même ciel » signée Nanami. Donnez-vous avis en laissant un commentaire. 🙂

sous le même ciel

« Sous le même ciel »

CHAPITRE III

Décembre 2009,

Greeny Coffee

 

« Ah ! Toi aussi tu aimes les écrits de Murakami ? Un vrai génie celui-là ! » s’exclama une des membres du club de lecture de la fac, ayant rejoint la communauté à peu près au même moment que moi.

« Passionnés de lecture et d’écriture ? Ceci est pour vous ! » disait l’annonce sur le tableau. Ce n’était guère si accrocheur que cela comme affiche mais j’avais rejoint dans l’espoir de faire partie d’un groupe qui partageait la même passion que moi, quelques mois plus tôt.

Avec tous les membres du club, nous étions à peu près une quinzaine au total. Nous nous réunissions d’habitude à l’amphithéâtre mais pour célébrer les cinq ans d’existence du club, un événement public avait été organisé au Greeny Coffee le 03 décembre 2009.

La foule était monstrueuse, peut-être plus d’une quarantaine de personnes. J’avais généralement horreur des endroits avec plein de monde, mais là je n’avais pas vraiment le choix. Le point positif, c’est qu’au moins, ces gens-là étaient « du même monde » que moi et cela avait amplement suffi pour me rassurer.

  • Un smoothie nutella, s’il vous plaît
  • La même chose pour moi aussi
  • Moi, ce sera plutôt un caramel macchiato
  • N’oublie pas le cheesecake ! J’ai faim !

Il y avait tellement de monde que j’avais eu du mal à différencier les voix des gens autour. C’était devenu confus. Du bruit. Juste beaucoup de bruit partout dans la salle.

Je me sentais horriblement étouffée par cette atmosphère peuplée si bien que j’avais décidé de faire un tour dehors pour changer un peu d’air. Je m’étais alors assise sur le banc juste à côté de l’arrêt du bus, avais pris un grand souffle et ouvert mon livre.

Au moment où j’allais commencer ma lecture, je sentais quelqu’un m’approcher. En levant les yeux, j’aperçus la fille qui était au-devant de cette OPEL CORSA. Le teint parfait, des habits parfaits, une silhouette parfaite, une assurance évidente et un grand sourire radieux aux lèvres ; elle s’était adressée à moi car elle cherchait le GREENY COFFEE. Je lui avais alors indiqué que c’était le bâtiment juste à ma gauche. Elle avait apparemment rendez-vous avec quelqu’un à l’intérieur mais avait eu du mal à repérer l’endroit. On devinait alors qu’elle n’était pas une habituée du coin, vu la popularité de ce lieu qui m’était si précieux.

Quelques minutes plus tard, j’avais finalement décidé de retourner à l’intérieur. A ma grande surprise, je découvrais la fille assise à la même table où j’avais l’habitude de m’asseoir trois ans plus tôt. Mais que voyais-je ? Elle était assise à côté de … ALEXIS !??

Je ne savais pas trop si je devais le saluer ou l’ignorer. Et même si je lui adressais la parole, qu’aurais-je à lui dire de toute façon ? Même si au fond de moi, je mourrais d’envie de l’approcher et de le bombarder de mille et une interrogations qu’il avait suscité en moi ces trois dernières années mais surtout à cause de sa lettre, que je n’arrivais toujours pas à comprendre.

On ne laisse pas ce genre de lettre pour ensuite disparaître et ensuite réapparaître de la sorte et agir comme si de rien n’était…

N’arrivant pas à décider quoi faire, j’avais alors pris un coin et continué de lire mon livre. Mais ma lecture fut interrompue au moment où le Président du club prit la parole pour souhaiter la bienvenue à tous les invités.

Pendant qu’il tenait son discours, je ne pouvais pas détourner mon regard d’Alexis et de sa « copine ». Ils allaient si bien ensemble. Je n’arrivais pas à définir ce que je ressentais en les voyant comme cela. Jalouse ? Non. Fâchée ? Non. Frustrée ? Peut-être, ou je ne sais pas. J’étais partagée entre l’envie et un autre sentiment dont j’ignorais la véritable nature.

Trois ans sans nouvelles et il débarquait comme cela, sans rien dire et comme si de rien n’était. Ce n’est pas non plus comme s’il avait des comptes à me rendre mais c’était la moindre des choses tout de même de me saluer au lieu de m’ignorer. Ou peut-être que ces trois années sans lui ont été tellement longues que j’exagérais dans mon raisonnement ? Je ne savais plus.

Mais le comble dans toute cette histoire, c’est que j’avais l’impression qu’il ne m’ignorait pas vraiment mais plutôt qu’il ne m’avait même pas reconnue. « Choquée » ? Le mot était trop faible. Je ne l’étais pas, non. J’étais rebutée, offusquée, dégouttée mais surtout blessée.

La journée s’était terminée sans que je lui adresse la parole une seule fois, au final. Je doute même fort qu’il ait remarqué ma présence, ou peut-être faisait-il semblant ? Sûrement se sentait-il mal à l’aise par rapport à tout ce qu’il m’avait fait et il simulait l’indifférence ? Ou peut-être que je réfléchissais trop ?

Tout se résumait à cela donc ? On redevenait des inconnus l’un pour l’autre ?

A quoi donc pouvais-je m’attendre de la part de quelqu’un qui avait disparu de la sorte ? Pfffiou !

J’abandonne.

*****

Une semaine plus tard, une autre réunion avait lieu, au même endroit. Même scénario. Sauf que cette fois-ci, il m’avait vu. Et à partir de ce moment-là, c’était devenu encore plus bizarre.

Je le sentais très souvent regarder dans ma direction mais sans plus.

Pourquoi diable ne franchissait-il pas juste le pas pour m’aborder et m’expliquer ces trois années de silence ?

Je ne demandais pas la lune. Je ne demandais que cela. Quelle affreuse torture de se retrouver devant la personne que l’on « aime » et ne pas pouvoir lui dire un seul mot, même pas un petit « bonjour ».

Nos seuls échangent furent des regards furtifs de temps à autre, qui se fuyaient l’un l’autre à tout bout de champ.

« Horrible ». Oui c’est bien le mot adéquat pour qualifier la situation. C’était tout simplement HORRIBLE.

*****

Les réunions commençaient à devenir systématiques avec les autres membres du club mais également avec ceux qui souhaitaient y assister. Et à chaque séance, on débattait sur un livre différent, que chacun avait déjà lu.

Cette fois-là, le 10.janvier 2010, c’était sur « La Ballade de l’impossible » de Murakami, mon livre préféré. Un œuvre prodigieuse.

Alexis avait pris la parole. Il expliquait à quel point il aimait le personnage de Midori et qu’elle apportait de la couleur avec son dynamisme et son humour douteux.

J’ignorais qu’il connaissait aussi bien les œuvres de Murakami. J’étais subjuguée par sa façon si spontanée de donner son avis. J’avais l’impression qu’il avait fait cela toute sa vie. C’était fascinant.

Puis, il s’était tourné vers moi en souriant du coin de ses dents.

Ce sourire. Je ne l’oublierais jamais. C’était le même sourire que celui de 2006.

Ce sourire me faisait mal jusqu’au plus profond de mon être. J’avais cette impression d’avoir perdu quelque chose qui m’appartenait alors que cela m’était si précieux.

Oh Alexis. Je voudrais savoir pourquoi ? Pourquoi avoir disparu pendant trois ans ? Pourquoi m’avoir écrit une telle lettre ? Pourquoi étais-tu avec cette fille ? Pourquoi ce sourire. POURQUOI ?

(à suivre)

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