« Sous le même ciel » : On arrive au chapitre IV du roman

« La vie est semée de ces miracles que peuvent toujours espérer les personnes qui aiment. » –Marcel Proust

Sous-le-meme-ciel-nanami-buskers-magazine

« Sous le même ciel »

CHAPITRE IV

Avez-vous déjà connu quelqu’un qui vous semblait inaccessible ? Comme si c’était un objectif inatteignable et hors de votre portée ? C’est ce que je ressentais vis-à-vis d’Alexis. Il était comme la lune. Celui qui apparaissait quand tout devenait sombre, celui qui révélait toute la beauté cachée mais celui que je ne pourrais jamais non plus atteindre de mes mains même avec tout l’effort du monde. Un symbole magique qui continuait d’apparaître même quand tout allait de travers, pour me rappeler que quelque part dans cet univers, il existait et continuait de briller de toute sa splendeur pour éclairer les parties sombres de mon âme.

J’ai toujours eu une fascination étrange pour les astres, le ciel, la lune, les étoiles. Ils représentent la vie de façon si symbolique.Trop de romantisme dans le sang ? Peut-être bien, oui.

Le fait est qu’il m’avait vraiment donné une toute autre vision du monde.

Après le divorce de mes parents et le départ de Naomi, je me sentais mise à l’écart et abandonnée. S’il n’avait pas été là, je me serais vraiment senti isolée du monde.Je n’étais pas particulièrement proche de ma mère et mes échanges avec Naomi se résumaient à de longs e-mails mensuels devenus trimestriels ; et  au fur et à mesure que le temps passait, c’était même devenu presque annuel.

Au début, elle me racontait ses journées en détail. Elle me parlait de la France, de son entourage, de  ses amis, ses nouvelles rencontres, son école. Tout. Elle m’envoyait plein de photos. Mais au fil du temps, une certaine distance avait commencé à se créer entre nous. Faute de temps, peut-être ? Je ne sais pas du tout. Avions-nous cessé d’avoir quelque chose à raconter à l’autre ? Peut-être aussi.

« Salut ! Ca va ? Quoi de neuf ? »

Cette formule que je haïssais plus que tout, que je considérais des plus superficielles, était devenue le principal sujet de conversation que j’entretenais avec elle. Et je me surprenais à lui répondre à contrecœur : « Rien de spécial ».

Je n’allais pas bien mais je n’arrivais pas à trouver les mots pour lui raconter. Que dire ? Et si je commençais juste à relater, par où commencer ? Je ne savais plus comment lui parler.

C’est fou comme la distance peut révéler la véritable nature des liens que vous entretenez avec autrui. Il arrive souvent de se tromper sur la nature du lien : l’un le considère comme son meilleur ami, alors que lui aime sa compagnie, sans plus.

Ma relation avec Naomi était donc si futile que cela ?

*****

Greenland,

12 janvier 2010

 

C’était un mardi. C’était pendant la pause de midi entre mes cours et j’étais à la bibliothèque de la fac, comme d’habitude. Mais à mon grand étonnement, j’avais vu une silhouette qui ne m’était pas inconnue du tout.

ENCORE LUI?

Alexis était entrétout seul dans la salle et se dirigeait d’un pas ferme et assuré vers moi.

Mais que faisait-il là ? Il n’avait aucunement le droit d’être dans cette salle étant donné qu’il n’étudiait pas au GreenlandFaculty.Avec un regard plein d’assurance, il s’était assis juste en face de moi, les coudes sur la table, les mains soutenant son menton, et avait commencé à parler : « On va continuer à faire ça combien de temps encore ? »

Je n’avais pas réussi à sortir le moindre mot pendant cinq secondes au moins, ne réalisant même pas la situation. Je ne savais pas si je rêvassais ou si c’était réel. Quand j’avais décidé de prendre parole, ma voix commençait à trembler et tout ce que j’avais réussi à sortir c’était un « Euh… »confus.

Il me regardait droit dans les yeux, un grand sourire intimidant aux lèvres. Il était tellement beau que cela en devenait frustrant. J’étais indubitablement paralysée, figée sur place.

« LINDGREN ! » reprit-il en haussant le ton à moitié, avec une voix qui exigeait clairement une réponse à sa question.

« Aaaaah mais qu’est-ce que tu veux ? » arrivais-je enfin à balbutier nerveusement en secouant la tête.

Il se mit alors à pouffer de rire. « Ah ! Tu parles enfin ! Il était temps » continua-t-il, tout content, comme un enfant à qui on offrait le cadeau de ses rêves.

Bizarrement, après qu’il ait dit cette phrase, je me sentais rassurée et à l’aise. Enfin ! Cette gêne que je ressentais depuis décembre s’était enfin dissipée pour laisser place à la curiosité extravertie dont je voulais lui faire part depuis le début.

« Tu me dois des explications ! » lui répondais-je, presque en chuchotant, la tête baissée.

« Ca va ? »

« A ton avis ? »

« Je ne sais pas. A toi de me le dire »

« Je te déteste, espèce d’idiot ! »

Et j’avais dit cela en ramassant mes affaires sur la table aussi vite que j’avais pu et en me dirigeant en courant vers la sortie.

« Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l’aube. Pourquoi ? Parce que la tempête n’est pas un phénomène venu d’ailleurs sans aucun lien avec toi. Elle est toi même et rien d’autre. Elle vient de l’intérieur de toi. Alors la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d’empêcher le sable d’y entrer, et la traverser pas à pas. Au coeur de cette tempête, il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repère dans l’espace ; par moments, même, le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer. » Haruki Murakami

Greenland,

15 janvier 2010

DILING-DILING

Une autre lettre avec un CD étaient arrivés à 9h 30 du matin. Une fois de plus, c’était écrit « LINDGREN » dessus.

Une autre lettre d’Alexis hein ?

Il m’avait donné un CD audio avec trois chansons que j’aimais particulièrement. Il connaissait bien mes goûts, sûrement à cause des chansons que j’avais l’habitude d’écouter avec lui en 2006.

~ Playlist ~

01.Aerosmith – Don’t Wanna Miss A Thing

02.Enrique Iglesias – Hero

03.Avril Lavigne – When You’re Gone

Je n’étais pas arrivée pas à me concentrer de la journée une fois à la fac, repassant sans cesse ces chansons en tête.

A la fin de la journée, j’avais hâte de revenir chez moi pour lire la lettre qui m’avait été adressée mais que j’avais laissé sur la table car j’étais déjà en retard. Une autre lettre d’Alexis. Que pouvait-il bien encore me dire dans cette lettre ?

Une fois dans ma chambre, j’avais examiné avec précision le colis qui était arrivé le matin même. Un timbre de la France. Ce colis venait donc de l’extérieur ? Mais … Pourquoi Alexis m’enverrait un colis de l’extérieur alors qu’il était à Greenland.

Je fixais la lettre. J’avais mis une trentaine de minutes avant de décider de l’ouvrir mais une fois l’enveloppe ouverte, je n’avais pas le courage de lire le contenu alors je m’étais juste contentée du dernier paragraphe qui disait :

« … Je suis tellement désolé. J’aurais voulu t’approcher plus tôt mais je ne savais pas comment m’y prendre. En attendant, prends soin de toi ma petite Megan. Alexis. »

Alexis Vanbergh était encore parti. Et une fois de plus, j’avais encore raté l’opportunité de lui ouvrir mon cœur. Pourquoi ? Étais-je donc maudite ?

Une lettre, une deuxième lettre et un CD.

Tout ce qu’il m’avait laissé, c’étaient des souvenirs. Cinq minutes, j’aurais juste voulu cinq minutes de plus. Mais c’était trop tard maintenant…

(à suivre)

Chaque semaine, suivez les aventures de Chloé, l’héroïne de la nouvelle à l’eau de rose « Sous le même ciel » signée Nanami. Donnez-vous avis en laissant un commentaire.

Toute utilisation, reproduction, diffusion, publication ou retransmission du contenu est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Buskers Magazine Madagascar

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s